Est-ce que la course au bonheur nous rend malheureux?
Selon l’Association Canadienne pour la Santé Mentale, chaque année, 1 personne sur 5 au Canada sera personnellement affectée par un problème de santé ou de maladie mentale mais tout le monde sera touché, directement ou indirectement, par la santé mentale.
En regardant ces statistiques, le message est clair: personne n’est à l'abri. Il me semble justifiable, voire même nécessaire, de vouloir s’occuper de sa santé mentale.
Mais est-ce qu’avoir une bonne santé mentale veut dire être toujours heureux? Et à force de vouloir être heureux à tout prix, ne sommes-nous pas de moins en moins heureux?
Le piège du bonheur
Être heureux, est-ce que c’est trop demander?!
Il suffit de passer devant l’allée des livres de croissance personnelle à la librairie ou de faire défiler les réseaux sociaux quelques minutes pour avoir l’impression que le bonheur est si facilement accessible si on suit la recette.
Tellement occupé à entretenir l’illusion que le bonheur parfait existe qu’on ne se rend même plus compte de la pression que cette illusion nous inflige. À force d’entendre que le bonheur est un choix et que ça part de l’intérieur de soi, on en vient à croire qu’il y a quelque chose qui cloche chez nous si on n’y arrive pas.
Derrière tous ces visages épanouis qui nous bombardent jour après jour, se cache-t-il vraiment une personne qui est heureuse en tout temps malgré tout? Elle voit toujours le bon côté des choses? Cette personne ne vit pas d’incertitude ou de remise en question? Elle n’a aucune faille? Vraiment?
La pression sociale s’est immiscée dans presque toutes les sphères de nos vies et la quête du bonheur n’en fait pas exception. Graduellement, le message qu’il faut bien aller et qu’il faut être heureux s’intègre à notre façon de penser puis à notre liste de choses à faire. S’installe alors la culpabilité le jour où on n’a pas réussi à cultiver notre bonheur… Ouf!
Donc, en se mettant de la pression pour être heureux, on crée des attentes qui sont souvent inatteignables puis qui se transforment rapidement en déception et en culpabilité. Finalement, on s’éloigne du bonheur…?
Mais comment être heureux alors?
Je dis souvent à mes clients en consultation que je n’ai pas de recette miracle mais que j’aimerais vraiment en avoir une ! Malheureusement, il n’existe pas de recette avec laquelle on peut faire “copier” puis “coller” à notre vie. Et je dénonce tous ceux qui tentent de nous faire croire le contraire, selon moi, ceci fait partie du problème.
Par contre, j’ai quelques pistes qui ne vous garantiront pas le bonheur parfait mais qui pourront certainement vous enlever un peu de pression.
Être réaliste et ajuster ses attentes
On s’entend tous pour dire que c’est inévitable de vivre des épreuves au cours de sa vie mais on souhaite toujours être épargné. Il faut être réaliste; la vie est difficile. Peu importe ce que l’on voit sur les réseaux sociaux ou ce que certaines personnes peuvent essayer de nous faire croire, c’est impossible de bien aller tout le temps. Si on s’attend au contraire on sera voué à la déception.
C’est peut-être cliché de dire qu’on doit traverser des périodes difficiles pour apprécier les périodes plus agréables mais c’est vrai. Ceci m’amène à mon deuxième point:
Accepter qu’il y a des périodes difficiles
Comme je mentionne plus haut, la vie est difficile et même si on fait des pieds et des mains pour tenter d’éviter les périodes plus désagréables, on n’y arrivera pas toujours.
Les tempêtes nous forcent parfois à prendre un pas de recul, à réévaluer certaines choses, à prendre une pause. Dans certains cas, ces périodes difficiles sont porteuses de leçons et on en sort grandi mais, soyons honnête, ce n’est pas toujours le cas.
Comme le dit si bien Lisa Leblanc, des fois, la vie c’est de la m@rde et il n’y a pas toujours de raison ou d’explication satisfaisante derrière ce que l’on vit. Parfois, la vie est simplement injuste et cruelle et on peut seulement s’accrocher au fait que cette période finira par passer.
Nier que l’on traverse une période difficile, nier notre souffrance, ne nous fera aucun bien. Il vaut mieux accepter que l’on traverse une tempête et prendre le temps de s’occuper de soi. S’autoriser de prendre un pas de recul, se permettre de ne pas être à son meilleur et lâcher prise sur certaines choses, s’entourer des gens qui nous font du bien, etc.
Faire attention à la comparaison
On finit tous par se comparer à un moment ou à un autre. Il y a un vieux dicton qui dit “quand on se compare on se console” et ceci peut être vrai dans certains cas. Le problème est qu’on a souvent tendance à se comparer à ceux qu’on qualifie nous-même comme étant supérieurs à nous. En se comparant constamment de cette façon, on renforce le sentiment de ne pas être adéquat, de ne pas être assez bon, de pas être assez riche, de ne pas être assez heureux…
De plus, cette comparaison est souvent trompeuse puisqu’on se compare majoritairement aux forces de ces personnes et on oublie que ces personnes ont aussi des faiblesses, qu’elles vivent aussi des échecs et qu’elles traversent aussi des périodes difficiles.
C’est correct de se comparer une fois de temps en temps mais il ne faut pas oublier qu’on ne connaît pas toujours toute l’histoire et qu’elle est rarement aussi simple et belle qu’on se l’imagine. La meilleure façon de se comparer demeure la comparaison avec soi.
Consulter un(e) professionnel(le)
Si vous avez toujours l’impression de courir après votre bonheur, pourquoi ne pas consulter un professionnel?
En thérapie, vous pourriez tourner le regard vers vous et comprendre ce qui alimente le sentiment de passer à côté du bonheur. Vous pourriez alors trouver votre propre recette qui vous aidera à vous sentir plus en paix. Cette méthode risque d’être beaucoup plus efficace et satisfaisante que de tenter de reproduire les recettes des autres qui s’adaptent mal à votre réalité.
Est-ce qu’être en bonne santé mentale veut dire être heureux?
La réponse courte:
Pas exactement.
La réponse longue:
Selon l’OMS, « la santé mentale correspond à un état de bien-être mental qui nous permet d’affronter les sources de stress de la vie, de réaliser notre potentiel, de bien apprendre et de bien travailler, et de contribuer à la vie de la communauté. Elle fait partie intégrante de la santé et du bien-être, sur lesquels reposent nos capacités individuelles et collectives à prendre des décisions, à nouer des relations et à bâtir le monde dans lequel nous vivons. La santé mentale ne se définit pas seulement par l’absence de trouble mental.»
Il arrive parfois de se sentir malheureux en réaction à une situation spécifique (un deuil, une séparation, un échec) qui vient déséquilibrer notre bien-être pour un certain moment. Généralement, l’équilibre est retrouvé dans un délai relativement raisonnable - au fil du temps, on se sent de mieux en mieux.
Pendant cette période, il pourrait être juste de dire qu’on n’est pas heureux mais qu’on est quand même en bonne santé mentale puisque ce déséquilibre temporaire est une réaction normale à la situation donnée. Par contre, si on se sent malheureux et que le sentiment persiste au-delà de ce qui peut sembler normal, il peut être très pertinent de consulter un professionnel de la santé.
À retenir
Être en bonne santé mentale ne veut pas dire bien aller tout le temps
Ce n’est pas possible de toujours bien aller
Soyez réaliste par rapport à vos attentes
Faites attention à la comparaison
Sources:
https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/mental-health-strengthening-our-response
https://cmha.ca/fr/trouver-de-linfo/sante-mentale/info-generale/faits-saillants/